REMEDI : Recontextualisation et Médiation des Discours Spécialisés
Grenoble (France)
20-22 janv. 2027
REMEDI : Recontextualisation et Médiation des Discours Spécialisés
Grenoble (France)
20-22 janv. 2027
La communication entre les expert-es d’un domaine et un public non-spécialisé, avec ou sans intermédiaire, représente un objet d’étude bien établi, en particulier dans les domaines juridique (Engberg et al., 2015) et scientifique (Nieto-Galan, 2016, Hutchins 2020, Yuan et al. 2017). En langue de spécialité, elle est étudiée principalement sous un angle linguistique (Pic et Furmaniak 2014), dans le but de comparer ces discours à ceux, plus spécialisés, qui s’adressent aux expert-es (Picton 2018, Fries 2016), ou bien pour mieux comprendre le fonctionnement de ces discours en eux-mêmes (Isani 2009, Domenec 2017) et leur utilité dans la formation des futurs spécialistes d’un domaine (Biros et Fries 2021). Ce colloque se propose de revenir sur ce type de communication, appelée discours de médiation, afin d’en approfondir la définition et d’en définir la place au sein des langues de spécialité.
Le terme de « médiation » est préféré ici à celui de « vulgarisation » pour traduire le terme de popularization, la vulgarisation comprenant depuis le 19e siècle des connotations négatives (Rassi 2001) et reposant sur un modèle où l’expert est perçu comme possédant la connaissance qu’il diffuse auprès d’un public profane (Bucchi & Trench 2014). La médiation est davantage considérée comme une circulation des savoirs, elle repose sur l’intégration du contenu spécialisé dans l’expérience quotidienne du public (Turnbull, 2018) ou dans des contextes parfois éloignés du contexte dans lequel ce contenu a été produit.
Cette conférence vise à explorer la médiation des discours spécialisés en tant que recontextualisation interdiscursive. Par recontextualisation, nous entendons la reformulation et la recréation du sens à travers et entre différents genres et types de discours (Linell, 1998 ; Calsamiglia 2003). Les textes ou les genres produits pour la médiation sont issus de la recontextualisation interdiscursive : ils ont, par rapport aux discours spécialisés du même domaine, une fonction sociale différente, qui est réalisée par un nouveau contexte de communication, dont le cadre de référence est défini par le discours source original (Linell, 1998, Zimina-Poirot et al., 2025). Comme le souligne Gotti :
According to this new approach, popularization is thus not just seen as a category of texts, but as a recontextualization process that implies relevant changes in the roles taken on by the actors and institutions involved, and their degree of authoritativeness (Gotti 2014: 23)
Ainsi, un texte de médiation scientifique est caractérisé par son hybridité, puisqu’il transfère des informations liées au domaine spécialisé, à sa terminologie, à ses acteurs et à sa culture, tout en servant une ou plusieurs nouvelles fonctions, qui peuvent être purement informationnelles, mais aussi procédurales (expliquer comment faire), argumentatives (légitimer) ou promotionnelles. Il implique également l’intervention de nouveaux acteurs, de nouveaux types d’expertise qui ne reposent pas sur les voies traditionnelles d’accès au statut d’expert mais sur une expérience des questions scientifiques ou spécialisées qui légitime leur participation au débat scientifique (Bucchi & Trench 2014).
Il est enfin important d’inclure dans cette définition de la recontextualisation la notion de multimodalité. La reformulation des discours spécialisés implique en effet des transformations non-seulement textuelles mais aussi non-verbales, et opèrent parfois sur un tout autre plan sémiotique, notamment audio-visuel, comme nous le verrons.
Ce colloque vise à rassembler des propositions autour de trois axes.
Axe 1 - Formes linguistiques et discursives de la médiation
Cet axe s’intéresse à la description des discours de médiation et notamment à la mise en forme de l’information induite par le processus de recontextualisation. Il vise à apporter une caractérisation de plusieurs types de discours de médiation dans une perspective qui pourra notamment être comparative et s’intéresser à la manière dont des connaissances produites dans un contexte spécialisé sont reformulées pour s’adapter à des contextes différents, ou dans la perspective d’une description des discours de médiation sans référence aux discours sources.
La caractérisation des discours de médiation pourra adopter une perspective linguistique, notamment, mais non exclusivement, en s’appuyant sur les méthodes de la linguistique de corpus. La perspective pourra également être discursive et s’intéresser, par exemple, aux genres textuels, aux communautés de discours impliquées ou à la situation de communication. Les propositions pourront enfin adopter une perspective multimodale pour mettre en lumière la manière dont différents modes de communication peuvent être combinés pour s’adapter aux différentes situations de médiation.
Ces éléments descriptifs pourront enfin susciter une réflexion sur le statut des discours de médiation vis-à-vis du spécialisé, notamment sur leur degré de spécialisation en comparaison des discours dont ils sont issus ou sur leur statut spécialisé propre, en tant que discours produits par des domaines professionnels ou disciplinaires.
Axe 2 – La médiation à l’épreuve des transformations numériques et professionnelles
Les propositions accueillies dans cet axe pourront examiner la transformation de la médiation des connaissances spécialisées provoquée par l’avènement du numérique, et accélérée récemment par les réseaux sociaux et l’intelligence artificielle générative. L’axe invite à réfléchir à la question suivante : de quelle manière les nouvelles formes médiatique et multimédias contribuent-elles à diffuser et recontextualiser les connaissances spécialisées ?
L’utilisation de chatbots reposant sur l’intelligence artificielle comme outil d’aide à la simplification et à la création de résumés de textes spécialisés a été explorée dans plusieurs langues, dans le domaine médical (Ayre et al., 2023), juridique et administratif (Nozza, D., & Attanasio). Il a également été démontré que de plus en plus d’utilisateur-ices utilisent ces outils comme moteur de recherche ou pour obtenir des informations sur des questions techniques, notamment sur des problèmes de santé. Des chatbots fondés sur des grands modèles de langue ont récemment été développés pour répondre aux demandes des utilisateur-ices sur leur santé (Potter, 2026).
Ces transformations technologiques invitent à interroger les différents modes et médias numériques qui peuvent servir de support à la médiation de contenus spécialisés (vidéos, podcasts, infographies, publications, tweets), dans un nombre d’espaces numériques croissant, comme les réseaux sociaux (Instagram, Twitter, Tik-Tok) ou les chatbots alimentés par des grands modèles de langue.
Ces mutations, par ailleurs, alimentent et continuent à questionner les processus de professionnalisation du spécialisé et la possibilité, pour des personnes dont l’expertise n’a pas été sanctionnée par les institutions traditionnelles, de diffuser des contenus et discours spécialisés. Les propositions pourront notamment interroger la construction de la voix discursive des spécialistes « pro-am », qui, selon Adenot (2016), expliquent et simplifient des connaissances spécialisées en adoptant le point de vue d’un-e amateur-ice, pour renforcer la proximité avec leurs publics.
Axe 3 – La médiation des discours spécialisés : enjeux d’accessibilité et enjeux didactiques
Cet axe invite à explorer la diversité des publics qui peuvent être destinataires de contenus de médiation, mais aussi la diversité des formes sémiotiques utilisées pour rendre accessibles les domaines et cultures spécialisées.
Les propositions dans cet axe pourront notamment porter sur l’utilisation de la fiction, écrite ou audiovisuelle, comme support didactique en cours de langue de spécialité. Ainsi, les contributions pourront prolonger les études qui ont examiné l’impact de l’utilisation de séries télévisées dans le cadre de cours d’anglais de spécialité, par exemple pour travailler la pratique orale et les connaissances interculturelles nécessaires, notamment pour la consultation dans les formations de médecins (Carnet, 2020) ou en sciences et techniques. De même, les contributions pourront interroger les discours portant sur des domaines spécialisés variés, comme le climat (Thévenon, 2025).
L’axe invite également à examiner quels publics sont concernés par la médiation, en particulier comment les discours spécialisés peuvent être adaptés différemment selon qu’on écrit ou crée du contenu pour un public adulte, enfant ou présentant une faible littératie ou un handicap cognitif (Zimina-Poirot et al., 2025).
Enfin, cet axe s’intéresse à la médiation comme point d’accès à la connaissance d’enjeux sociaux et économiques cruciaux pour le 21ème siècle. Les contributions pourront analyser la circulation des savoirs entre les acteurs et les destinataires du droit, de la justice, et des spécialistes et organisations expliquant des sujets à forts enjeux sociaux, comme les violences de genre et la crise climatique.
Soumettre une proposition
Les propositions de communications, limitées à 300 mots, doivent être soumises sur le site Scienceconf dans un fichier anonyme et inclure :
- le titre de la communication
- le contexte de la recherche et/ou un bref état de l’art ;
- la méthodologie utilisée ;
- les résultats, le cas échéant ;
- 5 références bibliographiques clés (non incluses dans les 300 mots).
Veuillez ajouter une brève note bio-bibliographique dans un fichier séparé.
Les langues de la conférence sont l'anglais et le français.
Calendrier
Date-limite de soumission : 15 juin 2026
Notification d’acceptation : 10 juillet 2026
Ouverture des inscription : janvier 2027
Contact
Pour toute question, vous pouvez contacter remedi@univ-grenoble-alpes.fr


Chargement...